Santé & Bien-être

Ondes de choc et anti-inflammatoire : faut-il les associer ou les éviter ?

Benoît Clairval 7 min de lecture
Ondes de choc et anti-inflammatoire sur tendon d’Achille avec gel

Vous prenez un anti-inflammatoire alors que des séances d’ondes de choc sont prévues pour une tendinopathie ? L’association doit être discutée avec le prescripteur et le professionnel qui réalise les séances. Les ondes de choc ne sont pas un anti-inflammatoire médicamenteux : leur stimulation mécanique vise notamment à modifier la douleur et à favoriser une réponse des tissus. Certains protocoles recommandent donc d’éviter les anti-inflammatoires autour des séances, sans que cela justifie d’arrêter seul un traitement prescrit.

Ondes de choc et anti-inflammatoire : deux façons différentes d’agir

La thérapie par ondes de choc consiste à appliquer des impulsions acoustiques sur une zone ciblée, au moyen d’un appareil posé sur la peau. Elle ne nécessite pas d’incision. On distingue notamment les ondes radiales, dont l’énergie se diffuse depuis l’applicateur, et les ondes focalisées, qui permettent de cibler une profondeur précise. Leur choix dépend de la structure à traiter et du matériel utilisé.

Infographie sur les ondes de choc et anti-inflammatoire dans la tendinopathie
Infographie sur les ondes de choc et anti-inflammatoire dans la tendinopathie

Un effet antidouleur qui n’équivaut pas à celui d’un médicament

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens, ou AINS, comme l’ibuprofène, réduisent la production de substances impliquées dans la douleur et l’inflammation. Les ondes de choc exercent, elles, une action mécanique locale. Parmi les mécanismes étudiés figurent une modulation des signaux douloureux et une stimulation de processus biologiques participant au remodelage tissulaire, notamment autour de la vascularisation et du collagène.

L’expression « effet anti-inflammatoire » est donc un raccourci à manier avec précaution. La stimulation peut provoquer une réaction locale transitoire, parfois décrite comme un microtraumatisme contrôlé. Le but n’est ni de supprimer immédiatement toute inflammation ni de « casser » un tendon abîmé, mais d’obtenir une amélioration progressive de la douleur et de la fonction.

Une tendinopathie n’est pas toujours une inflammation persistante

Le mot tendinite laisse penser que le problème est uniquement inflammatoire. Pourtant, une douleur tendineuse durable peut aussi s’accompagner de modifications de la structure du tendon et d’une moindre tolérance à l’effort. Le terme tendinopathie est alors plus adapté. Cela explique pourquoi calmer la douleur avec un médicament ne suffit pas nécessairement à restaurer la capacité à marcher, courir ou porter une charge.

Faut-il suspendre les anti-inflammatoires pendant les séances ?

Certains praticiens demandent d’éviter les AINS avant et après les ondes de choc, par crainte qu’ils ne freinent la réponse biologique recherchée. Cette précaution ne correspond toutefois pas à une interdiction universelle : les consignes varient et les preuves cliniques sur l’effet exact de cette association restent limitées. Il n’existe donc pas de délai unique d’arrêt à appliquer à tous les patients.

Avant la première séance, indiquez les médicaments pris, y compris les gels anti-inflammatoires, les traitements sans ordonnance et les prises occasionnelles. Précisez aussi la raison du traitement : un médicament prescrit pour une autre maladie ne doit pas être modifié pour les besoins d’une séance sans avis médical.

  • Si vous prenez déjà un AINS : demandez au prescripteur s’il faut le maintenir, l’adapter ou envisager une autre solution.
  • Si la séance augmente la douleur : contactez le praticien plutôt que de reprendre automatiquement un anti-inflammatoire.
  • Si un antalgique est nécessaire : le paracétamol peut parfois être envisagé, selon vos contre-indications et les doses autorisées.

Une infiltration de corticoïdes n’est pas non plus équivalente à une prise d’AINS. Signalez toute infiltration récente près de la zone concernée : sa date et sa localisation peuvent modifier la décision de traiter. N’interrompez jamais de votre propre initiative un traitement anticoagulant ou antiagrégant.

Quelles douleurs peuvent réellement bénéficier des ondes de choc ?

Les ondes de choc sont surtout envisagées pour certaines douleurs musculosquelettiques persistantes, après un bilan et souvent lorsque l’adaptation des activités et les exercices n’ont pas suffisamment aidé. Une douleur présente depuis plus de trois mois peut conduire à discuter cette option, mais sa durée ne constitue pas, à elle seule, une indication.

Zone douloureuse Situation pouvant être discutée Point de vigilance
Talon et plante du pied Fasciopathie plantaire persistante Une épine calcanéenne visible ne prouve pas qu’elle cause la douleur.
Tendon d’Achille ou tendon rotulien Tendinopathie avec gêne à la mise en charge La localisation et la tolérance aux exercices orientent le traitement.
Face externe du coude Tendinopathie des muscles extenseurs Les gestes professionnels et les charges répétées doivent aussi être adaptés.
Épaule Certaines tendinopathies calcifiantes de la coiffe des rotateurs Le bilan clinique et, si nécessaire, l’imagerie précisent l’indication.

Les résultats varient selon la pathologie et le protocole. Les ondes de choc ne constituent pas un traitement général de toutes les douleurs articulaires ou blessures musculaires. Une échographie peut être utile pour préciser le diagnostic, rechercher une calcification ou évaluer une lésion, sans être systématique.

Regarder la douleur à travers le prisme de la capacité de charge change aussi l’objectif du soin : avoir moins mal au repos ne signifie pas que le tendon supporte déjà un escalier, une journée debout ou des accélérations. Notez donc une activité concrète qui vous limite. Son évolution renseigne davantage sur l’utilité du traitement qu’une simple sensibilité à la pression.

Un protocole de séances accompagné d’une rééducation progressive

La séance commence par le repérage de la zone douloureuse et le réglage de l’appareil. Un gel facilite le contact avec la peau. Les impulsions peuvent être désagréables ; leur intensité doit rester adaptée à votre tolérance. Une douleur très forte n’est pas un gage d’efficacité.

Un protocole peut comporter 5 séances, à raison d’une application par semaine, avec 2000 coups par séance. Il s’agit d’un exemple, pas d’une norme applicable à toutes les lésions. Des séances de physiothérapie peuvent être associées, mais leur nombre et leur contenu doivent répondre à des objectifs précis plutôt qu’à un forfait automatique.

Le renforcement reste central : contractions statiques, exercices excentriques ou travail lourd et lent sont choisis selon le tendon et son irritabilité. Les sauts et la pliométrie viennent plus tard si l’activité les exige. La thérapie manuelle peut apporter un soulagement complémentaire ; elle ne remplace pas cette progression.

Pour suivre la tolérance, certains programmes retiennent une douleur ne dépassant pas 3/10, sans persistance 30 minutes après et sans aggravation le lendemain. Ces repères doivent être personnalisés. Une augmentation durable de la raideur matinale ou une baisse de la capacité à marcher invite à réduire la charge et à revoir le programme.

Résultats attendus et situations où il faut réévaluer

Une amélioration peut apparaître après deux ou trois séances, mais l’évolution se juge souvent sur plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Un soulagement immédiat ne prouve pas une réparation complète. À l’inverse, l’absence d’effet après une séance ne suffit pas à conclure à un échec. Aucun pourcentage de réussite unique ne peut être appliqué à toutes les tendinopathies.

Une sensibilité locale, une rougeur ou de petits hématomes sont possibles. En revanche, une douleur importante qui s’aggrave, un gonflement marqué, une fièvre ou une perte brutale de fonction nécessitent un avis médical. Une suspicion de rupture, d’infection ou de fracture impose d’abord un diagnostic.

Le praticien doit également vérifier les risques liés à un trouble de la coagulation, aux traitements anticoagulants, à une grossesse selon la zone visée, ou à une lésion tumorale locale. Si les progrès ne sont pas au rendez-vous, il faut réévaluer le diagnostic et la rééducation plutôt que multiplier les séances. L’objectif reste de retrouver une activité tolérable et durable, pas seulement de terminer un protocole.

Benoît Clairval
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